À un peu plus d’une heure de Lisbonne, ce paisible village posé sur un ruban de sable est le refuge le plus discret et le plus couru qui soit. À découvrir en arrière-saison, loin des curieux.Des dauphins escortent ce soir-là le bac qui traverse l'estuaire du fleuve Sado, depuis le port de Setúbal. Le petit ferry vert se déleste de ses voitures entre deux plages désertes, sous un ciel « azul »... Les immeubles de la station balnéaire de Tróia laissés à tribord, on met le cap vers le sud, sur une route entre mer et lagune. Au premier abord, le petit village de Comporta ne paie pas de mine, avec ses jardins potagers en contrebas. De simples maisons blanches au toit de tuiles, bordées de bleu, un centre-bourg endormi, de rares passants - des agriculteurs au visage buriné par le soleil et deux ou trois touristes... C'est là le secret, bien gardé, de ce diamant brut de l'Alentejo. Cette première impression passée, la magie opère. On ne voudra plus quitter ce refuge rustique et sauvage, bordé par l'océan Atlantique à l'ouest, d'odorantes forêts de pins parsemées de cactus à l'est, des rizières entre les deux. Derniers initiés en date : Harrison Ford et son épouse, l'ex-Ally McBeal Calista Flockhart, venus en juillet et qui ne songeraient plus qu'à revenir. La Herdade da Comporta désigne un territoire de 12 500 hectares, propriété de la famille Espirito Santo qui, jusqu'à la faillite de sa banque en 2014, a précieusement préservé cette bande côtière. D'autres grands noms y ont pris leurs quartiers, tels les Casiraghi ou, plus récemment, le chausseur Christian Louboutin, les artistes Anselm Kiefer et Jason Martin, le décorateur Jacques Grange, Patrick Perrin, fondateur du Pavillon des Arts et du Design, Françoise Labro, directrice du comité artistique de Baccarat... Loin du luxe ostentatoire, ils coulent des jours tranquilles, à la Robinson, dans d'anciennes cabanes de pêcheurs restaurées. Parmi les hameaux entourant Comporta, mention spéciale à Carrasqueira, qui abrite un port de pêche sur pilotis, Porto Palafitico, et cultive une curieuse ressemblance avec le Vietnam.

PLAGES

ale_grandola_comporta_660x371Située à l'extrémité sud de la Péninsule de Tróia, l'énorme grève de la plage de Comporta, est très recherchée par les estivants, en raison de la facilité d'accès, ajoutée à un vaste espace de stationnement.Se trouvant à la limite de la Réserve Naturelle de l'Estuaire du Sado, la Plage de Comporta est un espace naturel préservé, où l'on sauvegarde la végétation dunaire originelle, entourée d'une pinède.La mer avec quelques vagues, offre de bonnes conditions pour la pratique du kitesurf, certaines compétitions étant réalisées ici.

À CHEVAL DANS LES RIZIÈRES

DCIM100GOPROG0013966.Le ruban de sable s'étire sur des dizaines de kilomètres, sans aucune construction, si ce n'est une poignée de paillotes dont le très chic Sal (« sel » en portugais), à Pego, tenu par un fils Espirito Santo, ou, plus simple mais tout aussi apprécié des happy few, O Dinis, à Carvalhal. Il suffit de marcher une centaine de mètres à l'écart des parasols pour se retrouver seul au monde. L'expérience gagne en intensité à cheval, guidé par José Ribeira, descendant de Christophe Colomb et ami d'enfance des Espirito Santo. « En 2011, j'ai quitté Lisbonne, où j'étais dans l'immobilier, pour me consacrer à ma passion et lancer un centre équestre à Torre. La destination se développe surtout depuis trois ans », raconte l'aristocrate, en short et chaussures bateau, chez qui monte Charlotte Casiraghi quand elle séjourne à Comporta. La balade débute dans les rizières peuplées de cigognes, part à l'assaut des dunes puis descend vers la mer, où on galope le long des rouleaux.

UN SAINT-TROPEZ DISPARU

Un parfum de paradis perdu ? « C'est le Saint-Tropez de mon enfance, le Porto Cervo qu'a connu mon mari, le Punta del Este des souvenirs d'une amie argentine... », affirme Barberine Agier, âgée de 42 ans, poursuivant la comparaison avec l'Ibiza, le Cap Ferret et le Mykonos des années 1970. Cette décoratrice, autrefois ingénieur financier, vient de terminer sa maison, à Brejos da Carregueira, et d'ouvrir son concept store, Babouchette - son surnom. Elle y vend des sandales de son fabricant fétiche à Paros, des saris anciens de Bali, qu'elle a beaucoup fréquenté puis délaissé face à l'afflux de touristes - « On les porte le soir ceinturé sur un short en jean, le style hippie chic très Comporta ! » -, des bijoux d'une créatrice de Cascais... Et, en cette fin d'été, elle accueille un pop-up store de cachemires Barrie, une marque dans le giron de Chanel, pour qui elle fut mannequin-cabine. Le credo de cette fille d'un grand industriel et d'une jet-setteuse mariée six fois (dont à Ilie Nastase) : « Less is more, back to basic », assène-t-elle, coiffée d'un chapeau de paille. Comporta ne risque-t-elle pas de connaître le même destin que ces joyaux gâtés par le succès ? Son statut de réserve naturelle la protège, ainsi que des élus locaux à la fibre écologiste, autrefois communistes. C'est dans l'Alentejo qu'est née la Révolution des OEillets : la ville de Grândola, à 30 kilomètres, a donné son titre à la chanson qui fut le signal du déclenchement du coup d'État de 1974, Grândola, Vila Morena. Autres remparts contre l'invasion touristique : les moustiques, nombreux, et une eau plus fraîche qu'en Méditerranée (mais qui reste plus chaude qu'en Bretagne !). Les boutiques de Comporta aux auvents de chaume n'ont rien à envier, elles, à celles de la Riviera. Depuis quatre ans, Manumaya propose ses produits du Guatemala, dont des couvre-lits prisés par Christian Louboutin et Jacques Grange. Si la nouvelle adresse design, Vintage Department, est une annexe d'une enseigne lisboète, les locaux tirent leur épingle du jeu : le fils de la kiosquière vient d'ouvrir son magasin de vin. « Le domaine de Comporta est fermé le week-end, pas moi ! Je vends les crus d'ici, ainsi que de Porto et d'autres vignobles portugais », souligne Daniel Valentim. Idem côté restauration. Il y a des petites adresses, tel Sabor a Mar, tenu par un enfant du pays, Ricardo Batista, son cousin Flavio au service et « Luis le capitaine » près du four, où grillent dorades et loups de mer. Ou, plus haut de gamme, dans la rue voisine, le Cavalariça, dans d'anciennes écuries, une table dans chaque box, avec un chef brésilien aux fourneaux, Antonio Leitão Dos Santos. image: http://www.lesechos.fr/medias/2016/09/16/2027857_comporta-le-portugal-secret-des-robinsons-chics-web-tete-0211295918017.jpg

SARDINES ET CAVIAR

d4s_0257La supérette locale réalise le même grand écart. Dans cette caverne d'Alibaba tenue par la famille Gomes depuis un siècle, on déniche, sous le plafond couvert de paniers, des sardines comme du caviar. « Je me fournis dans le monde entier ! », glisse le patron avec gentillesse - décidément la marque de fabrique de Comporta. Les habitués y font leurs emplettes le matin. « On boit un café au bistrot "Eucalyptus", notre "Sénéquier", avec ses tables en plastique sans chichi », poursuit Barberine Agier. Cette mère de trois enfants y a pris régulièrement un jus de fruit frais avec un certain Philippe, mettant un an et demi à découvrir qu'il avait pour nom... Starck. « Il est de très mauvais goût de demander ce que l'on fait dans la vie ! », commente-t-elle. Le designer revient presque tous les week-ends dans son cube de verre et de bois, arpentant les dunes sur son fat bike Moustache... Autre rituel : le verre d'après-plage au Colmo Bar, assis sur un banc face au coucher de soleil sur les rizières, loin des mondanités. « À Comporta, on fait tomber les masques », aime à rappeler le créateur de Sublime Comporta, Gonçalo Pessoa, par ailleurs pilote à la TAP. Cet hôtel sorti du sable entre les chênes-lièges s'est agrandi avec de nouvelles cabanes et un restaurant. Petit signe d'évolution : pour le dîner, des femmes avaient troqué leurs nu-pieds contre des talons plus sophistiqués. Changement de style. Les gypsetteurs (contraction de « gypsie » et de « jet-setter »), dont Comporta est l'un des fiefs avec les Hamptons ou Tanger, vont devoir rester vigilants...

CINQ CHOSES QUE L'ON NE SAIT PAS DE COMPORTA

01 : La région de Comporta a ses ruines romaines, qui se visitent, à Tróia : les vestiges d'un complexe de salaison du poisson, construit au ier siècle après J.-C. et occupé jusqu'au ive siècle. On y préparait notamment le garum, une sauce à base de poisson transportée par bateau, dans des amphores, jusqu'à Rome. 02 : Depuis le petit port sur pilotis de Porto Palafitico, on aperçoit, de l'autre côté du fleuve, les cheminées d'usines de Setúbal, troisième port de pêche du pays, célèbre pour ses sardines. Un paysage qui contraste avec la réserve naturelle de l'estuaire du Sado, dont fait partie Comporta. 04 : Une colonie de 27 grands dauphins (la même espèce que Flipper) réside dans l'estuaire du Sado. Très engagée dans leur protection, la compagnie Vertigem Azul, qui organise des sorties d'observation en mer, a fait dévier le trajet des ferries pour assurer leur tranquillité. 05 : On peut admirer une oeuvre de l'artiste portugaise Joana Vasconcelos dans le hall du Tróia Design Hotel, à Tróia : l'un de ses escarpins géants, en casseroles et couvercles en acier inoxydable, haut de trois mètres. Il s'agit du modèle Cinderela, de 2007, dont la « cousine » Marilyn avait fait fureur dans la galerie des Glaces du château de Versailles, en 2012.

CARNET PRATIQUE

Y aller

En avion jusqu'à Lisbonne, A/R à partir de 116 EUR avec Aigle Azur (quatorze vols par semaine). Louer une voiture et rejoindre, plein sud, Comporta, en une heure et quart, par le bac de Setúbal ou l'autoroute, via Alcácer do Sal ou Grândola. En septembre et en octobre, moins de vent et des températures toujours estivales. www.aigle-azur.com

Se loger

Comporta compte peu d'hôtels - la station balnéaire voisine de Tróia en offre davantage, dont le gigantesque Tróia Design Hotel -, mais surtout des locations.Le Sublime Comporta, agrandi cet été, propose chambres et suites dans des bungalows en bois aux larges baies vitrées, avec terrasse au milieu des pins, semblant sortir d'un magazine de décoration. De 195 EUR à 600 EUR la nuit. Spa, restaurant et piscine. www.sublimecomporta.pt Serenada enoturismo : un boutique-hôtel proche de Grândola, à partir de 70 EUR la nuit. www.serenada.ptLe travel store MyMoonSpots donne accès à des beach houses version béton et lignes épurées avec piscine à partir de 3 500 EUR la semaine, ou à des cabanes chics les pieds dans le sable à partir de 2 000 EUR la semaine. www.mymoonspots.com La propriétaire du Colmo Bar, Cristina Bravo, propose des maisons à louer. www.comportahomepage.pt

Se renseigner

Auprès de l'office de tourisme portugais, à Paris. www.visitportugal.com/fr Pour s'activer entre sieste et baignade, on fait du cheval, du vélo ou du kayak avec José Riberia. www.cavalosnaareia.com

Se restaurer

Restaurant Sal, sur la plage de Pego, un must. www.restaurantesal.pt Des adresses plus simples permettent de déguster les spécialités suivantes : Sardines grillées O Dinis (« chez Dinis »), plage de Carvalhal. Gambas grillées à l'ail et riz à la coriandre chez Dona Bia, à Torre. Arroz de marisco O Tobias, Lagoa Formosa, à Carvalhal. Choco frito (sèches ou calamars frits) O Rola, à Carrasqueira. Poulet chez Gloria, sur place ou à emporter, à Brejos da Carregueira.